Les appels d'offres avec exclusivité de bureaux d'études

Pour l'expliquer, il est nécessaire de replacer les missions des bureaux d'études techniques dans leur contexte. Ils interviennent sur une partie de la construction, essentiellement sur les lots dits techniques : structure, électricité, chauffage, plomberie. Ces missions ne portent que sur une partie restreinte de la construction. Le volume de travail et des honoraires est donc bien inférieur, sur chaque opération, à l'intervention de l'architecte. Ce qui explique en partie que leur nombre soit inférieur au nombre des architectes (le rapport de 1 à 10 nous semble réaliste, mais à confirmer par les statistiques).
Chaque bureau d'études travaille - et doit travailler s'il veut vivre - avec plusieurs architectes, et il arrive souvent qu'un architecte ne travaille qu'avec un seul bureau d'études auquel il confie l'intégralité des missions techniques de ses opérations.

L'apparition de clauses d'exclusivité dans les concours pose donc le problème de la formation des équipes. Nous arrivons au paradoxe suivant : ce sont les bureaux d'études qui choisissent l'architecte avec lequel ils souhaitent répondre, parmi les différentes demandes qu'ils reçoivent ! Les architectes non choisis doivent se retourner vers des bureaux d'études avec lesquels ils ne travaillent pas habituellement.
Assez rapidement, les BE sont pris dans une équipe. Certains architectes ne répondent pas à l'appel d'offres, car ils ne peuvent pas former d'équipe. On nous répondra qu'il suffit alors de faire appel à des bureaux d'études d'autres régions. Mais c'est simplement reporter le problème plus loin. De même pour maintenir notre taux activité, il serait alors nécessaire que nous allions travailler dans d'autres régions, avec des frais de déplacement supplémentaires.

On assiste alors à la formation d'équipes de circonstances, avec tous les risques que cela entraîne.
On nous répondra qu'il n'est pas normal qu'un même bureau d'études soit présent dans plusieurs équipes sélectionnées en phase concours : pas de concurrence, risques de " fuites " entre équipes. Nous répondrons que les architectes savent parfaitement appliquer la notion de concurrence, lorsqu'ils peuvent choisir leur bureau d'étude, et que les risques de " fuites " sont quasiment inexistantes : pourquoi un BE présent dans plusieurs équipes prendrait-il le risque de favoriser l'une ou l'autre, au risque de se brouiller avec l'architecte défavorisé ?

On voit donc que la clause d'exclusivité augmente les honoraires, et fait apparaître des équipes de maîtrise d'œuvre de circonstance, qui ne se connaissent pas ou peu, ce qui ne peut qu'avoir de lourdes conséquences sur la qualité du travail rendu.